Présentation de l'Unité de Recherche - GRAS
Le GRAS en bref

L’Unité de Recherche en Sciences Sociales et Santé, a été créée en 2012.  Elle s’inscrit dans la continuité  des recherches menées  en Algérie depuis plus de vingt ans  dans les champs  de la santé, de la maladie et de la médecine. Elles se sont nourries de trois perspectives dominantes de la sociologie et de l’anthropologie de la santé, focalisées respectivement sur la dimension sociale de la maladie, les rapports de pouvoir au cœur du champ thérapeutique, source d’inégalités dans la gestion et la prise en charge de la maladie chronique et enfin les interactions entre les malades et les professionnels de la santé qui déterminent les décisions médicales et les logiques sociosanitaires des patients.

Il nous semblait important d’orienter nos investigations empiriques sur le quotidien des malades chroniques  et des professionnels de la santé. Il s’agissait de comprendre, de décrire et d’analyser, en partant des différentes logiques  sociales des acteurs de la santé, c’est-à-dire les conduites concrètes et contextualisées des personnes,  les  rapports sociaux qui se déploient dans les espaces socioprofessionnels et domestiques (familles, hôpitaux, polycliniques, cliniques privées, etc.).


















Les objectifs du GRAS

L’objectif central de L’Unité de Recherche en Sciences Sociales et Santé  consiste à  approfondir et à diversifier des recherches pluridisciplinaires dans les champs de la santé, de la maladie et de la médecine, en référence à trois points pertinents, non exclusifs d’autres aspects ou orientations,  mais devant  aller dans le sens de l’impératif majeur centré sur la compréhension fouillée des différentes réalités sanitaires en Algérie.

- Le premier point est de mobiliser une sociologie du quotidien qui permet d’appréhender finement de nouveaux objets en santé s’imposant aujourd’hui  dans la société, privilégiant les significations les plus ordinaires attribuées aux évènements ou faits sociosanitaires, par une multiplicité d’acteurs sociaux (malades chroniques, femmes enceintes ou stériles, personnes handicapées, membres des associations d’usagers, professionnels de la santé, syndicalistes, bénévoles sanitaires, responsables sanitaires, etc.).

Cette posture indique bien que la santé est indissociable de la vie quotidienne des personnes malades ou de leurs proches parents, conduits à déployer des pratiques sociosantaires et des savoirs locaux  (expérimentation de tel ou tel aliment, échange entre malades d’un ensemble d’informations, multiplicité des recours de soins, quête de distance  ou d’autonomie à l’égard de certains thérapeutes etc.). La santé comme production sociale est pertinente pour montrer que les acteurs sociaux réinterprètent, jugent et réévaluent constamment les situations sociosanitaires auxquels ils sont confrontés quotidiennement. Loin de s’enfermer dans une stricte opposition à la maladie en soi, la santé intègre les multiples expériences sociales et sanitaires vécues de façon inégale et diversifiée par les différentes catégories sociales de la population. Elles laissent nécessairement des traces sur leur corps biologique et social qu’il semble important de décrypter à partir dd’une logique de proximité du chercheur à l’égard de ses interlocuteurs. Cette « vie en tant que tel », pour reprendre l’expression de Fassin (2011)  est conçue  comme l’ensemble des évènements allant de la naissance à la mort, qui peut être prolongée par des politiques sanitaires et sociales, mais écourtée par la violence, etc.

Le deuxième point important, au fondement des Sciences Sociales, est de questionner la santé, la maladie ou la médecine, à partir de leur usage social, psychologique, économique, politique et sexué. Rappelons quelques catégories essentielles, parmi d’autres, qui permettent d’appréhender la vie quotidienne des agents sociaux  confrontés à la maladie, à la médecine et à la santé.

Les tensions, les attentes, les stratégies des patients indiquent bien qu’ils tentent « bon gré, malgré de se réaliser», selon l’expression de Henri Lefebvre (1977) et donc de produire leur identité face à la pathologie chronique.  Ils n’hésitent pas à multiplier les quêtes de sens et de soins, à construire la réputation de certains thérapeutes, à privilégier l’automédication, en grande partie en l’absence de confiance à l’égard d’un système de santé fragile et profondément éclaté, qui sélectionne les malades, selon le capital relationnel plus prégnant dans le secteur public ou économique quand il s’agit des structures privées des soins.

Le coût social, financier, affectif supporté en grande partie par les proches parents du malade chronique ou de la personne handicapée, est une autre  dimension importante qui déconstruit le paternalisme politique prégnant dans le champ de la santé. L’Etat ferait tout pour accéder à la santé de la personne réduite au statut de simple consommateur de soins, sans aucune reconnaissance sociale du travail de santé (Cresson, 1995) invisible et gratuit assurée en particulier par les femmes dans les espaces domestiques et professionnels.

Le stress, le désarroi, l’errance thérapeutique et la souffrance des personnes gravement malades ou handicapées, abordées souvent sous l’angle moral ou misérabiliste, dévoilent des dimensions plus structurelles : des inégalités sociales de santé, des politiques publiques  locale distantes des attentes des patients et des professionnels de la santé, la prégnance de médiations individuelles (le capital relationnel) au détriment de celles plus collectives (les contre-pouvoirs), qui interdisent une prise en charge  globale de la personne à la quête de l’écoute,  d’informations, du respect et de la dignité sanitaire.

La trajectoire de la maladie chronique (Strauss, 1992) représente une  catégorie pertinente pour mettre au jour les discontinuités et l’hétérogénéité des soins, les influences sociales (« On dit que tel médecin ou taleb est bien..»), les interactions du malade avec une multiplicité d’acteurs sociaux (réseau familial, de voisinage ou professionnel), mais aussi des professionnels de la santé aux statuts diversifiés (radiologues, pharmaciens, dentistes, thérapeutes, etc.).

On est en présence d’un marché de la santé segmenté qui met en scène  des stratégies et des légitimités socioprofessionnelles différentes selon les  catégories de thérapeutes. La captation de la clientèle semble indissociable  d’un ensemble de valeurs, de logiques sociales et de motivations qui prédominent dans la société : la violence de l’argent, la prégnance du capital relationnel, le religieux, le pouvoir d’ordre, la forte médicalisation des questions sociales (la sexualité, le stress, etc.). Ce marché de la santé peu régulé, se renforce et prospère dans un  environnement social et sanitaire producteur d’incertitudes, de défiance et d’exclusion des personnes malades ou handicapées peu reconnues dans l’espace dit « public », les conduisant « à naviguer entre contraintes et opportunités » (Bensa, 2010) pour tenter de se soigner. 

Les trajectoires sociales semblent plus chaotiques chez certaines femmes gravement malades, contraintes aux ruptures biographiques provoquées par le mari et sa famille qui leur refusent le statut de personnes souffrantes, étiquetées de « déviantes » dans la perspective de Parsons, parce qu’elles sont dans l’incapacité d’assurer leurs activités domestiques quotidiennes permettant la reproduction de la  famille patriarcale. D’autres femmes malades ou handicapées  sont prises en charge uniquement par leurs mères, leurs filles ou leurs sœurs, en l’absence du mari, dévoilant  de nouveau la prégnance de la domination masculine dans le champ de la maladie. Elles tentent de s’accrocher au statut de mère pour éviter la répudiation ou les conflits avec le mari, la belle-mère et la société (Mebtoul, 1996). Il est donc essentiel d’indiquer la transversalité des rapports sociaux de sexe (Devreux, 2001) au cœur de nos trois champs d’étude : la maladie, la médecine et la santé.

La vie quotidienne des malades et des professionnels de la santé dans certains services hospitaliers (réanimation infantile, médecine légale, service d’urologie, etc.), est aussi marquée par le déploiement d’une éthique. Elle consiste de façon générale à se prononcer et  à décider, de ce qui est « bien » ou non de faire, de ce qui est juste ou non de faire.  On évoquera ici «l’ éthique en acte » (Pallet, 2007) qui s’attache à comprendre et à décrire les décisions souvent complexes, difficiles et parfois conflictuelles opposant les médecins entre eux face des personnes gravement malades devant subir des opérations chirurgicales risquées ou des transplantations de greffes.

« L’éthique en acte » réinterroge aussi la question de la légitimité professionnelle des médecins, lorsqu’il s’agit, par exemple de procéder à la réanimation néonatale, prenant le risque de handicaps majeurs qui peuvent marquer la vie de la personne.  Il est donc important d’appréhender non pas « l’éthique telle qu’elle doit être », mais de rendre compte de « l’éthique telle qu’elle est »  (Durkheim, 1920), en indiquant concrètement les incertitudes médicales, les embarras et les doutes des médecins, mais aussi la place des  familles et du patient dans le processus décisionnel.

L’Unité de Recherche a pour trame essentielle les interactions quotidiennes entre les différents acteurs sociaux, qui fabriquent profondément la société, au sens où Simmel (1991) l’entend : « ni la société, ni l’individu ne sont réels que par implication réciproque ».

Le troisième point pouvant donner plus de crédibilité sociale à l’Unité de Recherche, est à la fois son autonomie à l’égard de tous les pouvoirs, mais aussi son implication dans la société. Il est en effet essentiel de construire des réseaux d’échange avec les principaux acteurs de la santé qui ont des choses dire sur les questions sociosanitaires. Nos recherches ne prétendent pas dire la « vérité ». Elles privilégient le regard pluriel et critique qui est celui des Sciences Sociales, dans ce triple champ de la santé, de la maladie et de la médecine, en investissant sur une longue durée les différents terrains d’enquête. Cette posture d’ouverture vers les « autres »  recouvre une double exigence :  d’une part, opérer nécessairement un travail de restitution et de traduction des données qualitatives et quantitatives dans une logique pluridisciplinaire, d’autre part,  refuser l’enfermement dans une  logique strictement académique, en étant aussi partie prenante du débat social concernant les questions sociosanitaires.


Université d'Oran, Cité du Chercheur, Route de l’Aéroport
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Unité de Recherche en Sciences Sociales et Santé

Université d’Oran
FORMATION
Les Empreintes du GRAS N°2, 2014
EDITIONS GRAS 2015
Les soins de proximité en Algérie
A l'écoute des patients et des professionnels de la santé
COEDITIONS L'Harmattan /GRAS 2015
Les sciences sociales à l’épreuve du terrain
Algérie, Belgique, France, Québec, Laos, Vietnam
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Lecture critique de l'avant projet de la loi relative à la santé en Algérie 2015
Les Cahiers du GRAS N°6, 2015
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