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Unité de Recherche en Sciences Sociales et Santé

Université d’Oran
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Par Fatma Zohra Foudil
ARTICLES  DE  PRESSE
El Watan Etudiant l 13 mai 2015
Unité de recherche en sciences sociales et santé (GRAS) d’Oran
Infirmières, ces «forçats des urgences»
J’ai donc jeté mon dévolu sur la thématique de l’identité professionnelle des infirmières en prenant pour étude de cas le service des urgences médico-chirurgicales d’Oran», déclare Lagraâ Imène, doctorante (enseignante en sociologie et chercheure associée à l’unité de recherche en sciences sociales et santé (GRAS) d’Oran. La crise d’identité dont souffrent les infirmières peut faire son apparition dès la période de formation. Mais avant de développer cette affirmation, il faut savoir qu’il existe deux profils différents d’infirmières.

On trouve, en premier lieu, celles qui ont choisi le métier par vocation, par amour. «L’ambition d’aider les gens peut représenter un facteur subjectif important dans le choix de la profession d’infirmière. Ainsi, l’acteur se projette dans la dimension humaine du travail, occultant les autres facettes du métier», explique-t-elle dans son enquête. Certaines infirmières se voient ainsi comme des anges de miséricorde. Une image souvent platonique et une vision purement romantique du métier. En second lieu, il y a celles qui n’ont pas forcément choisi ce métier par amour, mais l’exercent par nécessité. Or, la déconsidération sociale du métier affecte profondément les infirmières dans leur désir de continuer à l’exercer. Il y a une remise en question du choix professionnel.


Identité professionnelle

Pour arriver à étudier l’identité professionnelle des infirmières, il est impérieusement nécessaire d’étudier les paramètres qui en constituent le noyau, en l’occurrence : la socialisation, la pratique professionnelle au quotidien, les relations avec les personnels de santé ainsi qu’avec les patients et leurs familles, et enfin l’image sociale. «Dans les écrits sociologiques, l’identité professionnelle est l’aboutissement de la socialisation professionnelle. Ce processus - socialisation professionnelle - est défini comme étant une transmission de valeurs, de normes et de savoir propres à une catégorie professionnelle.

C’est aussi une projection de soi - ici de l’infirmière - dans un avenir professionnel visé», indique la doctorante. En effet, pour forger cette identité professionnelle, les novices - élèves infirmières - font le choix d’une carrière pour laquelle elles sont plus ou moins bien informées et plus ou moins contraintes.

Cette carrière transforme parfois brusquement leur identité. Durant leurs trois années de formation, ces étudiantes bénéficient d’un savoir médical peu ou prou étoffé - dispensé par des médecins - qui leur permet d’acquérir des notions indispensables à la pratique infirmière, à l’instar de la neurologie, la cardiologie et la gastrologie. De ce fait, la chercheure explique que les infirmières rattachent leur profession au domaine de la médecine plus valorisant que les sciences infirmières.

Cette image idyllique va brusquement s’écrouler une fois intégrées dans l’environnement professionnel. «Au cours de mon enquête au service des urgences, les infirmières confirment l’existence d’une dichotomie entre le savoir qu’on leur a enseigné et la pratique professionnelle réelle», souligne Mme Lagraâ.

Cette dichotomie serait, selon la chercheure, le principal motif de l’apparition d’une crise identitaire. «Le savoir théorique a perdu de son sens pour de nombreuses infirmières. Leur discours est orienté vers l’incompréhension d’une situation qui les dépasse.

La crise identitaire dont souffre la majeure partie des infirmières est le résultat d’une grande déception et d’une frustration liée à une remise en question du savoir acquis au cours de la formation. Leur métier va à l’opposé de la réalité qui les conduit à assumer des tâches d’aide-soignantes», soutient-elle. En interrogeant quelques-unes, la doctorante démontre dans son travail l’écart qui existe entre les deux sphères.

Le témoignage d’une infirmière éclaire amplement sur le quiproquo dans lequel cette professionnelle de santé et ses collègues surnagent depuis leur admission en milieu hospitalier. Mme Lagraâ rappelle que l’infirmière lui a confié qu’«elle était désenchantée. Elle m’a raconté que ce qu’elle avait étudié en formation et ce qu’elle fait à l’hôpital est complètement discordant.

Cette jeune infirmière était admise avec un bac scientifique et une moyenne de 14/20 pour suivre une formation paramédicale incluant certains modules difficiles comme la neurologie, les diagnostics différentiels, etc. Donc, c’est une personne qui détient un certain savoir pour être, en principe, une infirmière auxiliaire. Sa mission est d’aider le médecin», relate-t-elle. Par ailleurs, la chercheure affirme que la majorité des infirmières se retrouvent, après 3 ans d’études pour l’obtention d’un diplôme d’infirmière, à pratiquer le «nursing».

«L’image de l’infirmière est particulièrement liée au travail ingrat du métier. Celui-ci est décrit en référence au sale boulot. Pour le public, l’infirmière touche au plus près à la saleté. Ses tâches concernent les parties malpropres du corps du malade. Alors que, selon les infirmières, c’est le travail de l’aide-soignant», explique-t-elle. Mais, la socialisation professionnelle et la réalité du milieu hospitalier ne constituent pas les seules préoccupations des infirmières.

Les conditions dans lesquelles ces professionnelles travaillent sont, selon Mme Lagraâ, une source de plus motivant l’insatisfaction au travail, en particulier le manque d’hygiène et les problèmes matériels comme le manque d’équipements. Il y a lieu de souligner que les organisations de santé sont incapables de prodiguer des soins médicaux de grande qualité dans un environnement de pratique défavorable.

Le conflit entre la responsabilité professionnelle de ces infirmières et le devoir de fournir des soins adéquats est inévitable. «Les conditions de travail influent grandement sur le malaise identitaire des infirmières. L’hôpital où j’avais mené mon enquête se trouve dans une situation déplorable. L’immeuble est dégradé. En outre, l’établissement souffre d’un manque flagrant de matériel. Face à ce climat dépréciatif, les infirmières sont alors réduites à faire du bricolage. Elles ont une capacité exceptionnelle d’inventer des soins techniques. Mais faute de soutien nécessaire, elles ne peuvent garantir les soins idéaux pour leurs patients. De ce fait, les infirmières se montrent découragées, désenchantées», explique la chercheure.


Soin relationnel quasi inexistant

Mais qu’en est-il de la relation soignant-soigné ? Les infirmières procurent-elles les soins relationnels ? Mme Lagraâ indique qu’elles n’ont pas été formées sur ce plan. Ce savoir - pourtant au centre des pratiques infirmières - est peu mis en évidence dans la formation. «Dès les premières périodes de formation, les infirmières intériorisent une approche technique du soin infirmier.

Ce dernier est ancré dans une logique ‘‘de faire le soin’’ et non pas ‘‘de prendre soin’’», développe-t-elle. La dévalorisation que la société leur inflige les pousse à s’évertuer davantage à pratiquer des soins complexes afin de regagner une valorisation sociale. «Cette volonté d’être considérées comme des professionnelles dignes d’estime leur a fait perdre la notion du soin relationnel. Les infirmières ne peuvent se cantonner à faire des soins, elles sont appelées également à prendre soin des patients.

Le malade devient pour elles un corps-objet et non pas un corps-sujet», explique Mme Lagrâ. De plus, la charge de travail, le manque de moyens et le stress peuvent également avoir des répercussions sur l’attitude des infirmières et diminuer leur seuil d’affectivité. Selon la chercheure, l’absence du soin relationnel et des conditions de travail anomiques engendrent infailliblement l’apathie. Les infirmières, par négligence, peuvent manquer aux principes de base : la politesse, le respect et l’accueil courtois. Cependant, doit-on accuser seulement les infirmières ? La doctorante explique que parfois les patients ou leurs proches se montrent agressifs avec elles.

Ces dernières occupent une place centrale dans la division du travail médical. L’infirmière joue un rôle d’interface entre le médecin et le patient. Par sa médiation, les prescriptions médicales convergent vers le patient. Ce rôle la rend en principe plus proche du malade hospitalier et de ce fait en première ligne pour gérer les plaintes des patients et de leurs familles. Ces employées sont souvent insultées, menacées et même humiliées.

Ce qui fait naître chez elles ce sentiment de détachement par rapport aux malades avec cette conviction (fausse ou réelle) d’un manque d’éducation et d’agressivité général et de mépris. C’est cette peur en fait qui donne l’image d’une infirmière impassible et distante. «Il faut savoir aussi que les infirmières qui travaillent dans le service des urgences subissent quotidiennement une agression psychique de la part des proches des patients.

Elles sont amenées à adopter un comportement rugueux voire indifférent face à cette agressivité», avance-t-elle. Stress, épuisement professionnel et peu de reconnaissance font que ces infirmières s’identifient comme à des «forçats des urgences».
Le métier d’infirmier souffre d’une crise identitaire liée foncièrement à la détérioration de son image dans la société. D’une part, cette dernière ne répond pas à son besoin de reconnaissance.

Et, de l’autre, le rôle que joue l’infirmière reste équivoque, ballottée entre la fonction d’une auxiliaire médicale ou celle d’une éducatrice de santé. De plus, un grand malaise est perceptible chez la majorité des infirmières qui se sentent dévalorisées et dénigrées. Leur seul vœu est d’être reconnues comme des professionnelles de santé, d’où la quête d’une reconnaissance sociale de tout un corps professionnel. «J’ai traité dans mon travail de magister, en 2008, le questionnement suivant : pourquoi les infirmières ont-elles une image sociale négative ? Cette question a constamment titillé ma curiosité.
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